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L'échange - 2013 - 1h15

L'histoire

Célia emménage dans un nouvel appartement, mais reconnaît rapidement son voisin (Frantz) l’homme qui l’a agressée quelques années auparavant. Ne pouvant ni l’un ni l’autre quitter les lieux, ils sont contraints, par ce douloureux hasard, de se faire face...    

Le point de vue  

L'histoire met en vis-à- vis deux personnages que tout porterait à fuir.  Elle à fuir son agresseur ; lui à fuir son acte, et les conséquences de cet acte... Anomalie et étrangeté du hasard : cette rencontre ressemble pourtant à une seconde chance autant qu'elle est une malédiction... 

Parce qu'une telle confrontation dans la vie réelle n’a souvent jamais lieu, la fiction permet cet échange impossible entre les personnages, comme elle permet l’échange de rôles. Chacun, ici, voudrait camper dans son rôle, qui est celui de l’innocence. Chacun se dispute l’innocence. Mais aucun d’eux n’est innocent, ou disons que, rapidement, il cesse de l’être au contact de l'autre. 


Lorsqu’ils se rencontrent pour la seconde fois, Célia et Frantz abordent un nouveau départ. L'un et l'autre rompent avec un passé récent, ne doutant pas qu’ils renouent avec un passé plus ancien... Plus encore : cette nouvelle rencontre termine ce qui ne demandait que d'être terminé. 


Les voici tout entier habités, lui par la tentation, elle par la peur, et, douze ans après, face à un nouveau (ou le même) drame. 


Chacun poursuit dans ce qu’il est devenu par la faute de l’autre. L’issue heureuse serait qu'ils se retrouvent dans ce qu’ils étaient avant de se rencontrer douze ans auparavant. C ’est évidemment impossible. 

Et parce qu'il faut aller au bout des choses, au bout de l'acte : ce hasard qui les rapproche encore les tente ici autant vers le pardon qu'il les tente vers le crime...

Théâtre psychologique et physique  

Drame passionnel et huis clos, cette pièce est une lutte psychologique, et cette lutte passe par le verbe. Le verbe étant le lieu de la dissimulation : la lutte est sans fin. Elle est physique enfin par les corps, et par le lieu du drame (l’appartement) qui figure les mouvements intérieurs des personnages qui l’occupent. L'appartement est le 3e personnage de cette pièce, d'une certaine façon... Disons que l’appartement est la preuve physique d’une vie qui tente de se refaire, et qu’une intrusion physique va défaire. Célia se préserve et se cache dans son appartement (qui lui ressemble) ... Frantz est l’intrus. Les mots sont l’autre défense de Célia (mais ils ne sont pas plus fiables...). La violence est une autre défense encore. L’amour physique enfin... 

Tous les enjeux de ce drame convergent pour un théâtre de l’intériorité, en même temps qu’il est physique et visuel. 

Le point de vue est celui, féminin, de son personnage principal, mais il partage autant le doute et le désarroi du personnage masculin : tous deux sont acculés par un improbable hasard... Le rapport de force s'inversant, à plusieurs reprises : chacun persécute l'autre, avant qu'il ait pu s'en rendre compte ; les rôles s'échangeant ainsi au gré des désirs et des peurs, et comme malgré les personnages...

Le dispositif : photo & vidéo  

Le développement de cette pièce est visuel par son thème, par le jeu d’images qu’il suggère. Les personnages ont eux-mêmes une dépendance à l’imaginaire et au fantasme. Sur le plateau, l’utilisation de la photo/vidéo sur les murs de l'appartement permet également de multiplier les espaces. La pièce se déroulant dans deux appartements : l’appartement de Célia (censé être à côté de celui de Frantz) évoque tout autant l’appartement de Frantz (et quelquefois l'appartement fantasmé de Frantz par Célia). 

Pièce sur le désir et le voyeurisme, elle essaie de mettre en images ce que les personnages observent ou imaginent l'un de l'autre (quand ils s'épient et s'écoutent à travers les murs). 

L’appartement de Célia est la surface de projection à la fois de ses espoirs et de ses peurs - la vidéo restituant les images mentales de Célia sur les murs de son appartement... 

Bref, l’image tantôt visualise ce qui vient de l'extérieur (l'appartement du voisin) tantôt signifie la vie intérieure des personnages. Sur le plan théâtral, elle oppose la proximité de la scène, la fragilité du spectacle vivant à la distanciation et la maîtrise de la vidéo. Comme souvent dans les relations humaines, c’est sans doute leur imagination qui, en effet, perd ici les personnages...
 

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