Du temps de la peste, la Recluserie était située sur un pont, à l’orée de la ville. Certaines femmes s’y laissaient régulièrement enfermer, y tenant lieu de sentinelle  et de talisman. Laissées seules, pour ainsi dire au milieu et à la vue de tous – une rivière charriant la vie continuellement sous leurs pieds –, elles n’y vivaient pas  très longtemps, et étaient immédiatement remplacées.  

« Les Recluses » trace, au-delà de l’époque, et de toutes justifications religieuses,  un portrait de femme, fragile et déchu, quand même elle est portée aux nues par  la superstition. Profil de la femme qui trouve son accomplissement dans l’excès, à la faveur d’un héroïsme absurde, magnifique et inutile : les recluses choisirent  paradoxalement d’exercer leur liberté dans l’entrave et la solitude d’un presque cachot. Quels furent vraiment leurs désirs et leurs pensées dans ces heures sombres  (et peut-être joyeuses), sans réel vis-à-vis, et ce malgré la légende qu’elles laissaient naître autour d’elles ?  Pour autant, la recluse laisse cette image d’une femme, invisible à tous, suspendue sur les eaux, aux avant-postes de la ville. C’est une image poétique, et c'est cette image  - lumineuse malgré tout - que cette pièce essaie de fixer.