Diptyque - 2025-27 - 2 x 1h
la mort d'un sentiment
naissance d'un sentiment (titre provisoire)
NOTE D'INTENTION
Ce diptyque s’inscrit dans une recherche autour des relations, des élans, des déséquilibres et des ruptures amoureuses. Deux pièces, à la fois autonomes et liées, qui explorent le désir, l’attente, le manque, la peur de perdre, le besoin d’être reconnu, mais aussi la difficulté même à accueillir l’amour.
Chaque pièce est le portrait d’une relation. La relation entre un homme et une femme, traversée de tensions affectives, de contradictions, d’attentes et d’empêchements. Dans les deux cas, elle s’articule autour du personnage féminin, comme point de tension, de projection et de déplacement dramatique.
Le premier volet (déjà créé), La mort d’un sentiment, met en scène une liaison clandestine, au bord de rompre. Dans ce huis clos entre deux amants, la parole devient un enjeu de survie et de confrontation permanent. On se cherche, on se heurte, on se blesse. La pièce s’organise autour d’un personnage féminin idéaliste, intense, qui vit la relation comme une forme d’absolu. Eden attend de l’amour plus qu’il ne peut donner ; elle entraîne son amant dans ses désirs, ses peurs, ses manques et ses fantasmes.
Le second volet (en écriture), Naissance d’un sentiment, est du côté du commencement. Le personnage féminin y occupe également une place importante, mais plus réfractaire, plus contrôlant, plus analytique, plus en retenue face au désir et à l’amour. Cette résistance modifie l’équilibre de la relation : le personnage masculin y prend un tout autre relief, et c’est lui qui finit par porter une parole essentielle.
Le diptyque met ainsi en regard deux relations, deux figures féminines, et, en contrepoint, deux figures masculines, très différents. Dans un cas, une femme débordée par son besoin d’amour ; dans l’autre, une femme qui oppose au sentiment une forme de maîtrise, de réserve ou de refus. Ce contraste permet d’explorer non pas deux idées de l’amour, mais deux manières concrètes d’entrer dans le lien, de l’espérer, de le contredire ou de s’en défendre.
L’enjeu de ce projet est de laisser apparaître, à travers deux situations dramatiques distinctes, ce que l’expérience amoureuse révèle de notre difficulté à nous connaître, à dire ce que nous voulons, à véritablement rencontrer l’autre. Il ne s’agit pas de produire un discours général et abstrait sur l’amour, mais de donner à voir des situations, des corps, des paroles, des silences, dans une écriture dramatique resserrée et incarnée.
Mon travail d’écriture et de mise en scène accorde une place centrale à la présence des comédiens, à la tension entre le langage et ce qu’il ne parvient pas à contenir, ainsi qu’aux mouvements intérieurs qui traversent les personnages. Le théâtre est ici envisagé comme un lieu d’exposition sensible d’une vie intime où les sentiments apparaissent dans leur instabilité, leur violence parfois, mais aussi dans leur part de trouble, de vulnérabilité et de contradictions.
Avec ce diptyque, je souhaite construire un ensemble cohérent, composé de deux pièces autonomes mais animées d’une même curiosité : comment le désir naît, se déforme, se heurte à nos manques, à nos peurs, et à nos défenses ; et comment la relation amoureuse devient le lieu où ces tensions se révèlent le plus fortement.
Surtout, je veux montrer la passion humaine, dans sa tragédie, lorsqu’elle se manifeste par un idéal qu’elle ne peut pas atteindre : la passion amoureuse étant l’idéal le plus courant, l’un des plus beaux, et l’un des plus funestes parfois.
Stéphane Els, janvier 2026


